Comment lire une analyse de sang en naturopathie ?
- Manon Vitte

- 2 févr.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 16 févr.
Ton consultant est arrivé à la séance avec sa dernière prise de sang. Tu la regardes fixement depuis deux minutes. Mais tu ne sais pas vraiment quoi faire de cette information. Si cette scène te parle, pas de panique ! Tu n'es pas seul(e) à bloquer quand il s'agit de lire une analyse de sang. Et dans cet article, on va remédier à ce problème.

Pourquoi les analyses sanguines sont un outil clé en naturopathie
Ça peut sembler borderline à priori : le bilan sanguin, c’est plutôt le rayon du médecin non ? Ça n'est pas vraiment "ton truc" à toi, le naturopathe. La réalité n’est pas aussi binaire ... Le médecin a prescrit ces analyses et les a interprété dans le but :
d'explorer médicalement le cas de son patient
de poser un diagnostic médical
d'adapter un traitement médical
de surveiller l'évolution d'une maladie
Toi, naturopathe, ton rôle est différent : tu peux les utiliser pour mieux comprendre le terrain biologique de la personne. Tu ne diagnostiques rien. Mais tu vois des tendances, des déséquilibres, des pistes à explorer, qui vont enrichir et préciser ton accompagnement. Bref, un bilan sanguin, est une source d’information qu'en tant que naturopathe, tu peux (et même tu devrais) apprendre à utiliser.
Ce que "lire une analyse de sang" veut dire en pratique naturopathique
Attention, on ne parle pas ici de prouver que tu es plus fort(e) que le labo, ou pire, que le docteur. On parle de comprendre ce que les chiffres disent de ton consultant. Concrètement, ça veut dire quoi ?
Comprendre ce que mesurent les marqueurs.
Un taux de fer sérique, ça mesure quoi exactement ? Fer sérique, transferrine, ferritine, est-ce que tout ça renvoie à la même chose : le fer ? Ou est-ce qu'il y a des subtilités à comprendre ? Une ferritine basse, ça signifie quoi au niveau du terrain ? Si tu sais répondre à ces questions sans transpirer sous les bras, c'est que tu as déjà une bonne base !
Ne pas bloquer sur les "normes" du labo.
Les valeurs de référence qu’affiche le laboratoire sont basées sur des moyennes de population. Elles te disent : "à partir de là, on considère qu’il y a un problème d'ordre médical." Mais entre une valeur "normale" et une valeur "optimale", il peut y avoir un écart subtil qui fait la différence du terrain. En naturopathie, c’est souvent cet écart qui nous intéresse. Les terrains se déterminent souvent dans des normales-hautes ou des normales-basses. Elles sont donc considérées comme non-pathologiques, et pourtant, elles parlent... Parce que là non plus, les choses ne sont pas binaires : il y a un tas de nuances entre le normal et le pathologique.
Lire une analyse de sang en naturopathie c'est faire des liens entre les marqueurs.
Dans le cadre du bilan de vitalité, l'idée est d'avoir une vision globale (comme toujours) de l'ensemble des marqueurs qui ont été dosés. Lus isolément, ils ne veulent souvent pas dire grand-chose (même d'un point de vue médical d'ailleurs). Ensemble, ils traduisent les tendances de fonctionnement d'un organisme. Un terrain qui tend vers une inflammation de bas grade , un système immunitaire qui semble toujours faiblement activé, une régulation glycémique pas dingue, un terrain surchargé... Voilà ce que tu peux voir, si tu lis ce document sans chercher à faire du médical. Mais plutôt en l'ajoutant à toutes les informations que tu as déjà récoltées lors de la consultation de naturopathie.
Quelques exemples de marqueurs à connaître
Inutile de tenter de maîtriser totalement tous les dosages qui existent. En pratique naturopathique, il y a un ensemble de marqueurs qui reviennent régulièrement. Ils sont souvent demandés par le médecin généraliste ou le spécialiste, et ils peuvent être utiles pour évaluer le terrain.
Le statut martial
Le statut martial regroupe les différents marqueurs en rapport avec le fer.
La ferritine exprime le niveau des réserves en fer. Un taux qui diminue, même s’il reste dans les “normes” du labo, peut déjà te renseigner sur ces réserves. Il te questionne sur l'absorption, la consommation alimentaire, mais aussi les pertes éventuelles. À corréler avec ce que tu sais de ton consultant après ton recueil de données.
Le fer sérique est le fer circulant, celui qui est directement disponible pour être utilisé. Le corps est il capable de mettre à disposition cette ressource aux organes qui en ont besoin ?
La transferrine est le transporteur du fer. Est-elle suffisante pour transporter et acheminer cette ressource là où elle est nécessaire ?
Le coefficient de saturation de la transferrine : est-ce que les "camions roulent à vide" ? Où sont-ils bien pleins ?
Tout ça te renseigne à la fois sur les réserves, mais aussi la façon dont le corps s'organise pour utiliser et/ou stocker la ressource qu'est le fer... Pour aller plus loin que le statut martial, ces 4 dosages sont à mettre en corrélation avec l'hémoglobine, dont un des constituants essentiels est le fer. Hémoglobine qui permet le transport de l'oxygène dans les globules rouges. Elle reflète donc ,avec le fer, la capacité du corps à oxygéner correctement les organes. Oxygène qui rentre comme composant essentiel du cycle de Krebs avec le glucose (entre autres) et participe donc au métabolisme énergétique de l'organisme.
Intéressant non ? Tu vois comme tu peux tout mettre en lien ?
Les marqueurs d'inflammation
La CRP (C-réactive protéine) par exemple, va augmenter drastiquement en cas d'infection aigüe (logique) . Mais elle peut aussi être simplement "normale-haute". Donc, sans la petite étoile à côté qui signifie que le résultat est hors norme et donc inquiétant, voire pathologique. Et ce "normal-haut", chez quelqu'un qui a une régulation glycémique pas ouf non plus, un peu de surpoids, un bilan lipidique pas mieux (tout en n'étant pas nécessairement pathologique), ça sent la tendance à l'inflammation de bas grade à plein nez... L'inflammation de bas grade, ça n'est pas pathologique... C'est simplement une tendance du corps à déclencher des processus inflammatoires de faible intensité mais constants... Et qui, à long terme, font le terreau des maladies chroniques.
Je ne vais pas tous les passer. Il en va de même pour le bilan thyroïdien, le bilan lipidique ou encore glycémique. Mais tu l'as compris, ce qui est intéressant, c'est de tout mettre en lien : les dosages sanguins et l'hygiène de vie de ton consultant. C'est (uniquement) à ce niveau que le bilan sanguin peut être utile en naturopathie : pour confirmer (ou au contraire nuancer) ce que l'exploration de l'hygiène de vie suppose déjà.

Le piège classique : tenter de lire les bilans biologiques comme un médecin
Ne nous leurrons pas : tu n'en as pas le droit, certes. Mais tu n'en as pas non plus les compétences ! Donc il faut arrêter de faire semblant de voir des choses "qu'un médecin n'aurait pas pu voir" dans ces analyses biologiques. Et c'est ok ! Pour nous les naturopathes, le bilan biologique est une information supplémentaire à ajouter aux autres données dans le bilan de vitalité. En résumé : le médecin s'en sert pour chercher une éventuelle pathologie. Nous, on s'en sert pour observer comment fonctionne l'organisme, au delà des normes, pour optimiser ce fonctionnement autant que possible.
Comment mettre tout ça en pratique ?
OK, ça ne fait aucun doute, le bilan sanguin est utile dans ton analyse du cas. Mais comment passe-t-on de la théorie à "je sais quoi faire quand mon client me tend sa prise de sang" ? Voilà les premiers réflexes à adopter.
Commencer par explorer l'hygiène de vie
C'est un avis personnel : je trouve que c'est plus intéressant de commencer par faire le bilan d'exploration de l'hygiène de vie. Ensuite, on observe les chiffres de l'analyse biologique. Parce que sinon, tu vas croiser ces données à ... rien, du coup... Puisque tu ne sais encore rien de cette personne. Après ton recueil de données, tu auras un portrait de ton consultant. Là, les chiffres pourront parler pour te donner une vision du terrain biologique plus complète. Donc si ton consultant te tend sa prise de sang en début de séance, tu lui expliques que tu vas commencer par t'intéresser en premier à ses habitudes. Cette information viendra compléter le tout, par la suite.
Observer les marqueurs un par un
Avant de faire des liens, comprends ce que les marqueurs importants te disent. Quel organe ? Quelle fonction ? Qu’est-ce que ça mesure exactement ? Y a t-il des résultats hors normes (parce que c'est quand même important de s'en soucier !) et qu'en a dit le médecin qui a prescrit cette analyse ? Parce que ça aussi, c'est important : les conclusions médicales ! Etant donné qu'on ne peux pas les produire ces conclusions, ça nous intéresse de savoir ce qu'a déduit le docteur. C'est une information de plus à intégrer à ton raisonnement.
Identifier les tendances.
Regarde les résultats avec globalité et cherche à déterminer s'il y a des tendances, même si les résultats sont dans les normes. Parce que ça, c'est une erreur courrante : aucune petite étoile à côté des chiffres, donc ce bilan biologique n'a aucun intérêt. Et bien non ! Même avec tous les résultats dans les normes, des tendances peuvent se dégager.
Confronter avec le reste de la consultation.
Après tout ça, c'est le moment de croiser les données ! Est-ce que ce que tu vois sur ces dosages te paraît cohérent avec ce que ton consultant t'a expliqué pendant la consultation. Son hygiène de vie explique t-elle ses résultats ? Les symptômes ressentis reflètent-ils cette prise de sang ? Est-ce que tout semble aller dans une logique de fonctionnement ? Ou au contraire, y a t-il des éléments qui ne semblent pas concorder les uns avec les autres. Et ça, ça peut t'éviter des déductions hâtives.
Lire une analyse de sang te paraît hors de portée dans ta pratique ?
Tout ce qu’on vient de voir, c'est ce qui se passe dans l'idéal. . Mais savoir raisonner sur une analyse de sang en pratique naturopathique, ça demande du temps, de la pratique, de l'expérience et un bon cadre de travail. J'en suis bien consciente. Et pour anticiper ton objection (je te vois venir) "Oui mais toi, Manon, t'es infirmière, donc c'est facile pour toi !", je t'ai créé un outil qui va régler ce problème en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il s'agit du Décodeur d’Analyses Biologiques™.

C’est un outil en ligne pour les naturopathes. Il répertorie 49 dosages sanguins usuels d'une part . Il te permet de mieux comprendre ce qu'ils reflètent, ce qu'a cherché le médecin, ce que ça dit du terrain. Le décodeur liste également 14 terrains biologiques d'autre part. Il explore des grandes tendances de fonctionnement (pas nécessairement pathologiques), les dosages typiques qui peuvent être associés à ces terrains, les questions à te poser, et les axes d'accompagnement si ton consultant se trouve dans cette situation.
Ce n’est pas un outil de diagnostic médical. C’est un outil pour comprendre et utiliser les données biologiques à l’échelle de ta pratique naturopathique. C'est exactement ce qu’on a décrit dans cet article. Mais le décodeur est organisé et structuré. Tu peux l'utiliser directement en consultation, ou à postériori quand tu analyses le cas. Alors oui, tu peux me dire "mais toi t'es infirmière", mais maintenant j'ai mis ces connaissances à ta portée !
Pour résumer
Lire une analyse de sang en naturopathie, ce n'est pas la même chose que le faire en médecine. On ne cherche pas à diagnostiquer quoi que ce soit. On cherche à mieux comprendre le terrain de la personne pour que l'accompagnement soit plus précis, plus personnalisé, et plus efficace.
Les clés :
comprendre ce que mesurent les marqueurs,
ne pas bloquer sur les normes du labo,
faire des liens entre les données,
et croiser tout ça avec le reste de ta consultation.
Avec de la pratique (et les bons outils), ça devient vraiment un atout redoutable pour comprendre l'intelligence du vivant et aller vers une pratique de la naturopathie moderne.

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